Vous voyez, il y a des soirs comme ça où j'ai la sensation d'être passé à côté de ma vie.
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Tu vois je suis là, minablement assise sur ce fauteuil noir. A croire que je ne sais faire que ça : "être minable". J'ai encore mon justaucorps, mes collants et mon chignon. Et tu sais quoi, j'aimerais encore avoir la Danse en moi. Je suis avachis, mon ventre se transforme en de gros bourlets, et mon dos est courbé. Pendant une heure et demie, je ne fais qu'effacer la confiance pour laisser place à l'incertitude. J'ai dansé comme si je n'en avais pas eu envie, bouffé par la peur de l'erreur. "C'est la fatigue, c'est un passage.", non je ne veux pas et je ne peux pas. Je ne peux pas laisser ces deux choses me voler mon moment de plaisir, m'envahir toute entière pour faire de moi la danseuse la plus médiocre. Allez vas-y Margot rassure-toi. C'est difficile d'être seule. Il n'y a que vos mots, vos images et votre Passion. Il n'y a que ça, parce que le jeudi matin je n'ai personne pour en parler, personne pour me demander si ça c'est bien passé. Je n'ai personne avec qui, tous les jours, je peux imaginer la Danse. Elle est là toute la journée dans ma tête et dans mon coeur, et c'est comme un amour caché; je ne peux pas en parler, parce que non les autres, mes amis pourtant ne comprennent pas. Je dois me rassurer seule, m'aider toute seule, pleurer toute seule. Je dois avancer seule. Sans rien dire, mais en faisant beaucoup. Parce que si il n'y a que ça qui me tient, alors c'est cela que je dois reussir, vraiment. Alors tu vois je suis sur ce fauteuil et on pourrait penser que je ne fais rien, rien. Mais en réalité j'aime et j'espère. Parfois je baisse les bras, et parfois je me prends en main.
Ca n'a même plus de forme, même plus une lueur de beauté.